Nous nous sommes réveillés courageusement à 5 heures 30 pour partir une demi-heure plus tard et, dans la nuit encore noire, munis de nos mini-lampes de poche (merci, Jean-Claude !), nous avons emprunté un sentier pentu qui nous a menés au pied d'une pagode érigée sur une hauteur, derrière l'hôtel. Là, nous avons assisté à l'apparition des premières lueurs du jour et au lever du soleil. Le spectacle est plus magique encore que le coucher du soleil. Les vallées sont plongées dans la brume. Seuls émergent les sommets des monticules coiffés souvent d'un stûpa, et la cime des grands arbres, notamment celle des cocotiers, toujours très photogénique. Quelques fumées s'élèvent vers le ciel, des foyers allumés pour préparer la cuisine familiale ou brûler quelques petits tas de déchets...
C'est en nous connectant à Internet pendant le petit-déjeuner, à 7 heures 30, que nous avons appris la bonne nouvelle : Jeff avait réussi à nous acheter hier soir deux tickets pour Burning Man 2015 ! Malheureusement, Jean-Xavier n'a pas eu le même succès. Pascal et lui ont encore l'espoir de la procédure de rattrapage... Olivier va pouvoir aller de l'avant dans la préparation du... prochain voyage !
Nous nous sommes installés, peu avant 9 heures, à la terrasse du restaurant Moe Cherry pour attendre le bus qui devait nous conduire à Magway (ou Magwe), Nous avons eu tout loisir pour observer le travail de fourmis d'une brigade de jeunes femmes coiffées du traditionnel chapeau de paille conique, qui, dans des bassines en plastique, apportaient des pierres à d'autres jeunes femmes qui les disposaient sur la chaussée, avant qu'un rouleau compresseur ne vienne damer l'ensemble. Elles gardent leur sourire (au moins en début de journée !), malgré un labeur physiquement éprouvant sous la chaleur, dans le bruit et dans la poussière !
Au carrefour, était dressé un panneau avec une affiche des Nations Unies, que nous avions déjà vue plusieurs fois depuis notre arrivée en Birmanie. Elle évoque l'action de l'Organisation à travers notamment l'UNICEF, pour démobiliser les enfants-soldats engagés dans... l'armée birmane. J'ai été confronté plusieurs fois en Afrique à cette problématique. Il est pour le moins paradoxal que la communauté internationale ait à financer ici un tel programme, alors que les recruteurs au final de ces malheureux enfants tiennent encore les leviers de commande en Birmanie et ont bâti des fortunes colossales impunément en ayant recours à de telles pratiques.
Notre attente s'est achevée à 10 heures 45 avec l'arrivée du bus dans un nuage de poussière. Les sièges étaient confortables, l'habitacle, climatisé et les petits rideaux violets, du plus bel effet ! Il était à moitié rempli seulement. Deux autres Occidentaux avaient déjà pris place à bord. Nous découvrirons, en échangeant avec eux à la première étape, qu'ils sont Français et sont aussi montés à bord à Mrauk U. L'un, Benoît, est étudiant dans une école de commerce et passe un an au Vietnam dans le cadre d'un échange. Il profite de la fête du Têt pour découvrir la Birmanie. L'autre, Nicolas, sillonne le monde et travaille par intermittence à distance, via internet, comme consultant... Voyager ainsi, sans faire partie d'un groupe et en empruntant des moyens de transports locaux, nous permet ce genre de rencontres inattendues.
L'aventure a donc commencé à 10 heures 45 avec, en fond sonore, un mélange de rock et de rap birman. Nous avons au départ pris le même itinéraire que la veille et poursuivi bien plus au sud. Les villages se succèdent dans cette vaste plaine. On remarque aisément dans ce paysage de belles meules de paille très esthétiques, comme on n'en fait plus dans nos pays où les engins agricoles modernes recrachent des balles rondes ou des andins parallelepipediques déjà dans leurs gaines de plastique. Les troupeaux de buffles sont nombreux. Beaucoup recherchent la fraîcheur de l'eau et on ne voit parfois que la tête des animaux qui dépasse hors de l'eau.
Traverser une rivière est souvent impressionnant, tant les ponts sont étroits. Pas question bien sûr de se croiser ! En outre, un poids lourd (camion ou bus) a la prudence d'attendre que celui qui le précède ait dégagé pour s'engager à son tour... Tout au long du parcours la route est étroite et exige de deux véhicules qui se croisent, qu'ils empiètent sur le bas-côté poussiéreux, voire que l'un s'arrête. Dès qu'on quitte la plaine, la route devient tortueuse. A plusieurs endroits, des travaux étaient en cours pour réparer la chaussée. Presqu'à chaque fois, c'étaient des femmes qui étaient à l'ouvrage, y compris pour transporter le bitume chaud dans des fûts, le verser et l'étaler. L'état de la route ne permet guère de dépasser une vitesse horaire de l'ordre de 35 km/heure.
Le bus a fait une première pause "santé/alimentaire/syndicale" de 13 heures à 13 heures 30. Cela fait toujours un bien fou de se dégourdir les jambes et de ne plus être soumis à des vibrations permanentes. Nous en avons profité pour déjeuner d'un plat de riz aux légumes dans le "restoroute" local toujours très pittoresque, où l'on va choisir ses aliments en regardant ce qui mijote dans de grands faitouts.
Une deuxième pause aura lieu à 15 heures, beaucoup plus courte, pour permettre notamment une alternance des conducteurs. On n'échappe pas à son destin... Nous avons eu droit au dvd birman à l'eau de rose au cours de la seconde partie du voyage !
Après avoir parcouru environ 170 km depuis Mrauk U, nous sommes arrivés à Ann, une ville où l'implantation militaire est importante, à 16 h 15. Elle est située à l'entrée de la zone montagneuse. Tous les véhicules et leurs passagers sont contrôlés par le service de "l'Immigration". L'auxiliaire qui accompagne les deux conducteurs du bus, avait au préalable collecté les papiers d'identité des Birmans et les avait remis à un des policiers. Celui-ci les a restitués aux passagers quand ils sont remontés à bord du bus par appel nominatif. En ce qui concerne les quatre passagers français, nous avons présenté nos passeports à un guichet et le bureaucrate de service a dûment relevé nos identités sur un grand registre...
Nous avons repris la route à 17 heures. Restaient environ 150 km à parcourir jusqu'à Magway par une route de montagne (sans parapet), en lacets serrés. Elle est très belle. Les monts sont couverts de forêts de bambous. Ils portent malheureusement la marque d'une longue cicatrice laissée par la pose d'un pipe-line et plusieurs sommets sont victimes d'un déboisement intensif. Le klaxon est un auxiliaire précieux pour les conducteurs qui en usent et en abusent à la moindre occasion (virage dangereux, abords et traversée d'une localité etc). La courtoisie est de rigueur. Chaque conducteur a à cœur de faciliter dépassement et croisement. Dans l'ensemble, peu de véhicules particuliers empruntent l'itinéraire. On trouve surtout des véhicules de transport collectif et utilitaires, grands et petits.
Nous sommes sortis de la zone la plus montagneuse 50 km après Ann, au kilomètre 105. Nous avons eu droit alors à un nouveau contrôle de "l'Immigration". Poursuivant notre parcours en "stop-and-go", nous sommes repartis à 18 heures 45. Nouvelle pause "santé/alimentaire/syndicale", deux heures plus tard et reprise de la route pour un ultime tronçon d'environ 40 km, à 21 heures 30 !
Nous avons atteint Magway à 22 heures 45, après douze heures de voyage ! Un des Français, Benoit, est aussi descendu, le bus poursuivant sa route vers Mandalay. L'équipée ne s'arrêtait pas là pour autant. Restait à trouver, de nuit, un hébergement dans cette ville inconnue, où nous n'avions initialement pas prévu de faire étape. Il n'y avait plus grand monde dans les rues, mais la Providence a mis un Birman très serviable sur notre route. Il a eu à cœur de nous aider à trouver un hôtel. Après un premier essai infructueux (le réceptionniste a dit qu'il était "complet", à moins qu'il ne soit pas autorisé à accueillir des étrangers), nous avons atterri au Thein Htein Thar Hotel, un établissement plutôt haut de gamme par rapport à ce que nous avons connu ces derniers jours, et doté d'une douche chaude à souhait toujours bienvenue en fin de journée.


































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